Private life
Problème technique
Private life


 


Join us
AyeAye Film Festival
on facebook


 


CRI program ecran_cri


 

Découvrezlogo_kinoglaz
 
Dites nous tout !
Votre avis sur le site du AyeAye ou sur le Festival 2010 sont très importants pour nous. Merci d'avance.
PDF Print E-mail

Première neige.

Par E. Costet.

A propos du film « Premières neiges », de Aida Begic (Bosnie ; 2008 ; 99’).

 


Première neige, premier linceul possible, enfin … sur les corps d’êtres disparus…

Toute la tension de ce film admirable est construite sur une absence : celle des corps raptés, emportés engloutis, des hommes d’un petit village bosniaque, de ces hommes embarqués … quand ? Dans quelle nuit d’horreur, si proche –quelques années – et si lointaine déjà ?…

Embarqués, « sans même une veste sur le dos » … puis suppliciés ? Fusillés ? Entassés ? Où ? Comment ? Par qui ?...

Nous sommes en 1997.

Dans un village perdu de la montagne verte et fertile bosniaque, une petite communauté – des femmes, des filles … et deux rescapés « mâles » d’un drame non-dit, que les « épurateurs ethniques » ont dédaignés, un digne vieillard et un petit garçon traumatisé – … une petite communauté s’accroche à ses savoir-faire ancestraux et tente de faire perdurer un mode de vie que le travail, les liens de voisinage et la prière modèlent entièrement, et parviennent à faire tenir debout … et ensemble.

Les sirènes de la modernité et du capitalisme sauvage arrivent jusqu’à ces femmes liées entre elles, plus par le souvenir de ce qu’a été leur vie, jusqu’au drame qui leur a enlevé leurs hommes, que par des projets d’avenir, impossibles à oser vraiment…

C’est par leur quête de vérité qu’elles déchireront enfin le « voile »  de silence qui les privait d’avenir…

Et c’est par leur fidélité à un mode de vie, donc à leurs morts, qu’elles se révèleront être des Résistantes, mais aussi que se révèlera le vrai visage de cette adaptation à un « réalisme libéral » qui ne dit pas son nom : la continuation logique et implacable du projet « d’épuration ethnique » d’une certaine partie des Serbes !

Tout cela, Aida Begic ne le dit pas.

Elle laisse agir, comme le révélateur chimique le fait de l’image photographique, l’empreinte profonde de ses images sur notre inconscient.

Image fugitive de frêles sépultures blanches, blanches comme neige, étincelant sur le vert profond de la nature, et indiquant fugitivement l’apaisement enfin possible…

Image de cette Nature sauvage mais aussi nourricière – qui est, vraiment, l’un des protagonistes du film, la plus sûre alliée, peut-être, de ces femmes ?...

Image du voile multicolore de l’héroïne battant dans l’air bleu de l’aube qu’elle déplace dans sa marche décidée, chaque matin, en route pour les ablutions et la prière… telle la voile d’un bateau intrépide.

Image des mains de la vieille femme qui travaille inlassablement à son métier à tisser, telle la Pénélope de « L’Odyssée » qui ne renonce jamais à l’espoir du retour de celui qu’elle attend.

Image de cette première neige de farine que joue à répandre une petite fille, cherchant peut-être par ce geste à interposer entre l’angoisse de l’Absence inexpliquée et elle, un baume réparateur, un voile magique de « neige » ?...

Images de ces visages de femmes que la cinéaste confronte à satiété les uns aux autres jusqu’à nous les rendre totalement proches et familiers… exprimant et révélant chaque «  âme »… image, dans toute ses variantes, d’une résistance à l’oubli et au mépris de la Mémoire Humaine, silencieuse, farouche et obstinée, qui fait toute la « matière » de ce film.

Nancy, Octobre 2008.