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Palmarès 2008 Le jury de la 14ème édition du Aye Aye Film Festival (2008) était composé de : Jean Marc Rohart (vidéaste-France), Michal Pechoucek (vidéaste) et Martin Mazanec (théoricien du cinéma) (Rép. Tchèque).
Discours d'annonce du palmarès 2008, dit par j-m rohart le samedi 6 septembre au soir : " Très heureux d'être dans ce festival, belle rencontre avec Michal et Martin, merci à Monica pour sa patience à traduire nos réflexions et nos analyses... et c'était touchant de voir toute cette semaine chacun des bénévoles et des responsables de ce festival s'activer pour que tout fonctionne... de bons moments et de belles rencontres vraiment...Pour ce qui est du choix des films, s'ils sont tous très différents, ils ont tout de même en commun, mis à part Türelem, de nous montrer les relations entre deux personnages qui essaient de se comprendre, de surmonter les différences, les difficultés à trouver sa place dans la société... il est vrai que le choix aurait pu prendre d'autres directions, la programmation "heureusement" éclectique était de qualité... les films expérimentaux très intéressants également... mais... nous avons aimé dans Boulevard l'Océan le minimalisme poétique de l'écriture qui à la façon d'un conte, imprégné d'érotisme nous montre le parcours initiatique d'une femme sur le chemin de l'amour... John and Karen apporte une fraîcheur bienveillante, avec son burlesque qui habilement remet en cause notre regard sur la "différence". Türelem, en nous proposant de nous identifier à cette jeune femme recevant un bijou, et face à son absence de réaction nous glace devant l'insoutenable ; et la question éternelle reste posée : comment parler de la Shoah, peut-on en faire une fiction, et cette fiction nous aide-t-elle à appréhender l'indicible ?... chacun reste seul face à ces interrogations... Dans Gadzio, le réalisateur, à la fois présent et en retrait pour ne pas déranger les personnages de ce documentaire-fiction, est plein de délicatesse, et nous laisse doucement dans l'intimité de cette amitié qui bouscule les préjugés... Dans Braedrabylta, tout est équilibre, fragilité des êtres et des sentiments, le réalisateur par petites touches rapides démontre la difficulté des êtres à se situer dans le monde, le poids des habitudes, des conventions, avec cette "danse" étrange de la lutte... mais il faut tout de même avancer, sortir du tunnel, la mort est là qui nous attend ; alors acceptons d'être fragiles, d'être sensibles, d'être amoureux dans un équilibre où personne ne sera perdant... J'étais d'accord, en discutant avec Michal, lorsqu'il disait que le meilleur moyen pour comprendre un film, c'est de simplement décrire ce qui nous était donné à voir et à entendre (attention, non pas raconter l'histoire, ou faire un résumé, mais bien simplement de décrire objectivement ce que j'ai vu et entendu) j'ai toujours pensé la même chose pour une peinture (je suis artiste peintre de formation), et je peux vous inviter à utiliser le même procédé devant une oeuvre picturale que vous ne comprenez pas... la décrire, la peinture, c'est commencer à la comprendre, se poser cette simple question : qu'est-ce que je vois, et peut-être ensuite cette autre question : qui suis-je, ou que suis-je face à ce qui m'est donné à voir... à quoi sert une oeuvre d'art, une peinture, un film, une pièce de théâtre, une chorégraphie ?.. à nous aider à vivre, mais surtout à nous construire, à trouver notre place dans le monde... il y a des oeuvres qui nous changent, qui changent notre vision du monde ; lorsque nous sommes devant la cathédrale de Rouen après avoir vu ce qu'en a fait Monet, ne pourrait-on pas se prendre pour Monet et voir la cathédrale avec ses yeux... et pourquoi pas, devant notre difficulté à "voir" comme lui, faire une pétition pour demander la reconstruction de la cathédrale de Rouen en impressionnisme ?! Mais il me semble également qu'on ne peut avancer seul ; une oeuvre se partage, se discute ; et que sortir d'une salle de cinéma entre amis et d'arrêter la discussion à : "moi j'ai aimé, moi j'ai pas aimé" est loin d'être suffisant... un de mes plus forts souvenirs de cinéma... j'avais 17 ans et je venais pour la première fois dans un ciné-club, c'était à Toul, à la MJC, on y passait le film d'Alain Tanner "Charles mort ou vif" ( film qui depuis ne me quitte plus), et à la fin du film, oh surprise, tout le monde s'est mis à discuter du film, je me souviens qu'à un moment il était question de "ligne de démarcation entre la normalité et la folie" (thème cher à Alain Tanner), et ça fusait de tous les côtés, et moi, complètement enfoncé dans mon siège de peur qu'on ne m'interroge, je buvais les paroles, subjugué, fasciné, et en colère contre moi-même de n'avoir rien ou quasi rien vu de ce film... depuis, j'analyse, je dissèque, je disserte, j'interroge, je questionne, je multiplie les grilles de lecture... et quel bonheur que de partager avec d'autres, de crier au génie, au scandale, de s'engueuler, d'écouter, de douter... ce que nous avons fait avec Michal et Martin... et vous avez le droit de ne pas être d'accord, de nous trouver partiaux, et vous aurez raison comme vous aurez raison de nous trouver « tout de même très professionnels dans ce choix de films qui tout de même sont une belle palette de la représentation des interrogations de la société et que d'un point de vue politique il est indiscutable que dans le sens où je ne suis pas d'accord il s'avère que tout de même franchement bla bla bla ».... Et peut-être pourrions-nous conclure ce festival sur cette très belle image du film Braedrabylta où, après avoir épuisé toutes nos forces dans le combat, nous puissions simplement poser la tête sur l'épaule de notre adversaire et nous laisser aller à une réconciliation, à un abandon de soi et nous soutenir les uns les autres dans le fragile équilibre des sentiments..." |